Gestion des chardons
Comment concilier les législations et l’écologie ?
Nous nous permettons de vous rappeler l’article 57 de la partie I du règlement général de police administrative, libellé comme suit :
Article 57 :
57.1. Tout terrain doit être entretenu de façon à ne pouvoir en rien nuire aux parcelles voisines ou à l’aspect esthétique de son environnement.
57.2. Sont notamment considérés comme nuisances, les orties, rumex, les chardons, chiendents, les liserons et ronciers. Les accotements et les fossés séparant les parcelles de la voie publique doivent également être dégagés et entretenus par leur propriétaire.
Cet article découle de l’article 43 de l’arrêté royal du 19 novembre 1987 qui reste toujours d’application en Wallonie et impose la lutte contre quatre espèces de chardons préjudiciables en agriculture. Sont ainsi réputés chardons nuisibles :
- Cirse des champs (Cirsium arvense Scop.) ;
- Cirse lancéolé (Cirsium lanceolatum Hill.) ;
- Cirse des marais (Cirsium palustre Scop.) ;
- Chardon crépu (Carduus crispus L.).
Cependant, les fleurs de chardon présentent aussi un grand intérêt pour les insectes butineurs et constituent un maillon non négligeable de notre biodiversité indigène.
Dès lors, comment concilier la lutte contre les espèces nuisibles et la protection de la biodiversité ?
En premier lieu, il faudra bien identifier l’espèce avec certitude avant de s‘y attaquer. En effet, d’autres espèces de chardons ou proches de ceux-ci sont intéressantes, rares, voire protégées, et risquent d’être détruites par confusion.
En second lieu, on peut les laisser fleurir afin de permettre aux insectes butineurs d’y trouver de la nourriture mais il faudra surveiller de près la fin de floraison et agir avant la maturité complète des graines sous peine de provoquer de graves nuisances !
La seule espèce qui pose réellement problème en milieu agricole est le cirse des champs (Cirsium arvense). Très commune dans toute l'Europe, c'est une plante nitrophile, adventice de la plupart des cultures, des prairies, se multipliant rapidement par ses nombreuses graines qui, grâce à leurs aigrettes, peuvent être disséminées à grande distance grâce au vent. Leur pouvoir germinatif peut aller jusqu’à 20 années. C’est aussi son système racinaire qui pose problème. Les rhizomes de la plante s’étendent sous terre d’environ 4 mètres par an. Si l’on coupe le rhizome, chaque fragment de racine donnera naissance à un nouveau plant. Il est très difficile de stopper la colonisation des milieux. Il faut donc agir en profondeur et à temps pour éviter son extension !
À côté de cela, le Séneçon de Jacobs (Jacobaea vulgaris) est une autre plante nuisible qui peut entrainer la mort du bétail ou des chevaux si elle se retrouve dans le foin. Elle se propage également largement grâce à ces aigrettes. A ne pas confondre avec la tanaisie qui offre, quant à elle, un très bon insecticide naturel.
Si vous voulez soutenir la biodiversité tout en soutenant la réduction d’utilisation des herbicides en agriculture, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire !